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Muzion sur un timbre... Get outta here. J'reprends mon souffle...
Merci à vous tous qui nous permettez de vous représenter ! J'me retrouve à l'épicentre entre deux forces qui nous regardent ; D'un côté, l'oeil de ceux qui nous saluent à même ce symbole historique pour faire de nous les porte-étendards d'une nation. Et nous en comprenons toute la portée...Puis de l'autre, les regards de tous ceux qui s'introduisent, comme depuis toujours, avec nous. 🔥❤️  Kote moun yo !

Muzion timbre

C’est avec le coeur rempli d’honneur et de fierté que nous tenons, au nom des trois membres du groupe Muzion, à vous témoigner toute notre reconnaissance pour avoir pris part à notre accession à ce moment déterminant, inspirateur et digne de notre histoire commune.
Nous rentrons à la maison avec un sentiment d’estime et de noblesse et avec autant d’étoiles dans le regard qu’il y a de gens qui se reconnaissent à la vue de ce timbre, ce symbole qui marque, non seulement nos trente années d’apports, d’investissements et de carrière mais aussi toute l’archéologie, le vécu, l’appartenance, l’historicité de milliers de gens qui ont eux aussi bâti, alimenté, représenté, souffert, célébré, se sont battus et se sont exprimés en vertu de leur foi en l’avenir de cette nation et de ce pays.
Nous reconnaissons la mémoire des volontés et des transmissions, de tout ce qui a été écrit et a traversé le monde avant nous.

À Elia Anoia, Amanda Clark-Taitt, Eli Yarhi, Rindala El-Hage, Jennifer Givogue Lowe, Gary Beelik, Noël Nanton et Nadia Molinari (what a design!), Carmen Cheung, Hayley Magermans et à toute l’équipe de Poste Canada, merci pour votre respect, pour votre écoute, votre humanité et pour la probité avec laquelle vous avez incarné ce moment. 

À Malik Shaheed, merci du fond du coeur pour nous avoir présentés sous une lumière empreinte de ton humilité et de ta présence continue au sein de ce mouvement que nous formons ensemble. Tes mots étaient d’une justesse exceptionnelle. Droit au coeur, frère. On est comblés que tu aies été choisi pour nous accréditer. 

À tous les rappeurs du Canada qui se reconnaissent tous en ce mouvement social qui nous donne voix et nous réunit, peu importe où nous sommes, aux rappeurs anglophones du Québec qui ont entamé ce mouvement en premier lieu dans les quartiers marginalisés du grand Montréal et éminemment, aux rappeurs québécois qui ont suivi puis imposé leur coeur et leur voix et ont choisi tout comme nous de se dire en français…merci. C’est vous qui nous donnez le ton.
Maestro, Michie Mee… Thank you for your inspiration. 

À la famille, à tous ces vécus qui nous précèdent, à nos parents et arrière-grands-parents qui nous ont transmis la définition même de ce que cela veut dire et implique de vivre quoi qu’il advienne, dans toute notre intégrité, celle qui a crié « En avant ! En avant ! Car c’est notre futur et notre liberté qui nous appellent et nous somment ! » Men moun yo. Vous nous montrez la voie.
On est ensemble. Cohérents. Et on ne vous oubliera jamais.

Merci pour tout cet amour ! 
Pour cet amour qu’on reçoit, toujours et qu’on vous promet pour toujours. 

Muzion

   

 


 

À Dessine-moi un dimanche avec Franco Nuovo


Prise en étau entre le 1er janvier et le 1er février, le sujet d'aujourd'hui semble s'imposer à moi et chevaucher ma voix ; 
Je la ferai entendre par l'entremise de deux livres extraordinaires, imposants à leur tour, qui parlent mieux que moi et vont là où la réalité déclasse la fiction...

Avant-propos : 

[ ... Avant même de connaître l’historiographie du monde, le déroulé de l'histoire, il faut comprendre ce qu’est l’histoire, comment fonctionne la discipline de l’histoire, comprendre sa nature, le “processus historique”, la connaissance historique, son mécanisme... qui nous mène à sa création, ses raisons d’être, sa portée et donc surtout, ses propriétés et ses propriétaires. ]

«L’évènement haïtien a défié non seulement les armées coloniales mais l’imagination historique elle-même. » - Michel-Rolph Trouillot (Silencing the past)

Cliquez sur l'image pour écouter la chronique :  

Couverture du livre «Faire taire le passé». 

 

 


« Silencing the past : Power and the production of history » 
de Michel-Rolph Trouillot

Taduit en français - enfin - en septembre dernier, 30 ans plus tard et ça veut tout dire ! :

« Faire taire le passé » par une maison d'édition québécoise, Lux. 

et en complément, 


«L'Armée indigène : La défaite de Napoléon en Haïti » par Jean-Pierre Le Glaunec

 

1er Février, début du Mois de l'Histoire des Noirs, concept qui divise encore les membres de ses communautés qu'il expose, entre ceux qui le réclament et se distinguent, ceux qui en débordent et ceux qui s'en déchaînent. 
Moi ? Et bien moi je considère que mon devoir désormais est d'extraire de la marge dissociatrice les parts de cette histoire qui nous appartiennent à tous ! 
Plusieurs moments de l'histoire dite “des Noirs” sont de grands moments de l'histoire de l'humanité toute entière ! Des moments historiques que tous devraient connaître, partout à travers le monde ! Des moments qui ont fondamentalement changé, construit le monde que nous partageons tous aujourd'hui et qui pourtant sont dégradés ou même violemment tus dans les livres et dans tous les récits de l'Histoire de l'Homme. 

1er Janvier... Si vous avez des amis ou des membres de votre famille qui sont d'origine haïtienne, vous n'avez pas célébré que le Jour de l'an ! Vous avez aussi souligné, à coups de déhanchements “toujou sou Konpa, Rara, gren zaboka”, de “sirotages” de ti punch, de shot de Barbancourt et de gorgées de soupe Joumou l'une des plus importantes indépendances, des plus magistrales révolutions de l'histoire universelle ! La victoire haïtienne de Vertière ! L'indépendance d'Hayti !!!

Mais... mais pourquoi, si j'ai abondemment entendu parler de tous ces symboles festifs et inoffensifs, souvent fabulatoires de notre liberté - dans toutes leurs frivolités - que je ne sais qui a choisi d'inscrire en notre nom au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, je n'ai vu ni entendu nulle part le nom et le récit de la défaite de Napoléon à Vertière où l'armée indigène d'Ayiti remporte sa liberté et son territoire lors de la première et la seule (!) révolution de l'histoire du monde menée par des esclavagisés qui aboutit à un état moderne et indépendant. 
Je vous l'ai sûrement déjà dit, Haïti devient alors la première nation indépendante d’Amérique latine (et inspira les suites des indépendances de celle-ci et de la Grande Colombie tout comme la lutte contre le foutue Doctrine Monroe qu'on voit encore se déployer de façon décomplexée en ce moment au Vénézuela) , la plus ancienne république noire du monde et la deuxième plus ancienne république de l'hémisphère occidental, après les États-Unis !
I mean... what are we saying? Qu'est-ce qu'on raconte ? Sur nos bancs d'école, dans nos livres d'histoire (s), dans nos médias ? Où est Haïti quand on rapporte le compte rendu des grandes révolutions qui nous ont façonnés ?

Car surtout, ce qu'on célèbre le 1er janvier, c'est ce moment charnière et déterminant où les haïtiens achèvent - tel que l'explique si bien Jean-Pierre Le Glaunec dans son excellent ouvrage « l’Armée indigène » - ce que la France n’a pas été capable d’achever elle-même : ils forcent les Français à remettre en question, au sortir de leur révolution de 1789, leur notion d’idéal universaliste, leur élaboration des “Droits de l’homme” et de l’égalité entre tous les hommes !
La déclaration des Droits de l'homme ne se serait pas définie sans le « An avan ! An avan ! Grenadye à laso, sa ki mouri... » des Haïtiens !
Alors tous les hommes naissent libres et égaux, dites-vous ?
Même ceux que vous traitez de bêtes de sommes, de primitifs, de sauvages, de barbares, d'animaux, pire, de biens-meubles nés pour vous être soumis ???

Qu’est-ce qu’un homme ? Qu’est-ce que l’égalité ? Que sont pour vous les Haïtiens, les Africains et les peuples autochtones de vos ailleurs ?

Dessaline répond : «Tout moun se moun ! »
Tout homme est un homme, tout être humain est un être humain. Sans exception. 

Ainsi, dès sa naissance, l'Haïtien, enfant des caciquats d'Ayiti, des empires et des royaumes africains, a fait de tous les nèg des hommes et de tous les hommes qui viennent s'installer sur sa terre pour la nourrir, des Haïtiens.
C'est phénoménal. C'est ce que proclama l'indépendance le 1er janvier 1804 et que Dessaline fit inscrire dans sa constitution de 1805.

Comme l'expliquent encore Jean-Pierre Le Glaunec et Michel Rolph-Trouillot, « Vertière, 18 novembre 1803, fin du rêve napoléonien.» Boom !
La révolution haïtienne est la première révolution au nom de la démocratie, celle du peuple qui se réaffirme face à l’oligarchie, la ploutocratie et même la suprématie. 
C'est la victoire des « damnés de la terre » et du droit à la vie pour tous les hommes ! La légitimité de l'idée même de la racialisation et de l'esclavage raciale est défaite par le peuple, par les citoyens et citoyennes, au nom de tous les peuples ! 
Notre monde et le système qui le régit ne sera plus jamais le même... 

Alors comment se fait-il que ces dates ne soient pas connues et célébrées partout dans ce monde ? Partout où le monde a repris le combat et la garde de la liberté ? Transmises dans nos cursus didactiques ? Surtout dans le monde francophone !

Ce qu'il nous reste à faire pour répondre à notre tour et prendre notre place dans la réalisation de ce chef-d'oeuvre, de cette gigantesque production ? 
Prendre la parole.
Tout listwa se listwa
Toute l'histoire, toutes les histoires sont parties de l'Histoire. 

❤️‍🔥 Volonté... 

feu a volonte sign


 Silencing the Past: Power and the Production of History, 20th Anniversary Edition  Couverture du livre «Faire taire le passé».L'armée indigène. La défaite de Napoléon en Haïti

 

***Honneur, respect à mes collègues, professeurs modernes et révolutionnaires, qui prennent la relève, la plume et le porte-voix aujourd'hui, sans qui mon histoire me serait restée silencieuse :
Amzat-Boukari Yabara, Auguste D’Meza, Evelyne Trouillot, Frantz Voltaire, Jean Casimir Mignolo, Jean Julien, Jean-Pierre Le Glaunec, Michel Soukar, Robert Berrouet-Oriol, Wilky Toussaint...
et tous les grands griots et djely qui nous racontent. 

 

 

 


 

bonne annee 2026 5  

Prendre le temps de se rappeler
Et en même temps, se laisser là, dans chaque instant qui a formulé notre présent...
Je sillonne l’année qu’on vient de traverser ensemble
Et c’est ce mot que j’ai envie de mettre en lumière 
“Ensemble”. 
Assise entre le pareil au même et les grands bouleversements,  je laisse dériver mon regard sur ce qui s’illumine comme une mappe stellaire dans l’espace, qui compose et fossilise notre mémoire, sur tous ces moments qui ont été témoins de notre unité, notre humanité. 

Je nous souhaite de la volonté !
C’est vrai, il y a les impulsions, les passions et l’instinct, l’inné et l’ADN du monde…
Il y a l’intelligence qui voudrait se croire dans un pouvoir sans fin et absolu. 
Il y a tout ce qui tombe sous nos bombes et qu’on voudrait pourtant posséder. Ce Tout qu’on habite et qui prend soin de nous, protégeant notre innocence…mais qu’on voudrait tant cerner. Ce matérialisme chevauchant l’inconnu sur lequel on jette notre dévolu.
Il y a, non pas l’animosité mais l’animalité, le corps du souffle qui nous porte. 
La finalité qui voudrait tant faire taire cette impression d’être perdu, d’avoir perdu ce qui importe…
Le conte, le rôle...le contrôle. 

Mais il y a aussi tout ce qui nous rend humain ! 
La conscience de cette part d’existence qui repose entre nos mains
et qui nous regarde droit dans les yeux, la dessiner, la destiner.
Comme un Créateur qui laisse aller sa créature alors que les cloches sonnent,
en se disant voilà, c’est fait. Et ce sera toujours.
Me voici, Infini. 
C’est pas l’monde qui est shaky, c’est pas l'monde qui frissonne, 
Ce sont nos pupilles qui tremblent…
***

Pour l’année qui vient et pour toutes celles d’après 
—Sans âpreté car tout ce qui est donné n’est qu’un prêt 
Et tout ce qui nous est prêté n’a point de possesseur.
Ce spectacle n’est que le procès du processeur ! 
Deus ex machina.
Donnons-lui toutes ses formes à ce mannequinat.
Puis laissons le temps au temps… —
Je nous souhaite de l’inspiration, de la chaleur.
Suivre le courant du lâcher prise. 
Voguer sans peur, ramer sans pleurs, s’aborder sans heurt. 
Je nous souhaite la volonté d’honorer la Volonté.
Celle que personne ne nous a apprise. 

À la fenêtre, l'unité des six branches de chaque flocon,
Comme celle de la neige blanche.

Assise devant la cheminée
La brise
J’observe les planches de bois qui se dénudent de leur couleur ambre
Et je nous souhaite à tous de ne pas oublier de vivre !
De simplement nous retrouver…
Ensemble.

               

                                                                                       jny ❤️‍🔥

                                                                


à Dessine-moi un dimanche (avec Catherine Perrin)

 

aucune nuit titre2

 écoutez la chronique    

         

Cette semaine, j'ai entendu dire beaucoup de bêtises, encore... de mensonges sur l'immigration, sur les fautes des immigrants, sur tout ce qui ne va pas au Quebec et qu'on leur met - par imposture ? par peur ? par négligence facile ? - à tort sur le dos. 

J'ai entendu dire aussi qu'on n'entendait pas suffisamment la voix de ces immigrants, qu'on ne les voyait pas prendre parole pour se défendre ;
*Tchuip...
Et personne n'a pensé que ces immigrants sont peut-être trop occupés à survivre pour accorder du temps et de l'énergie à vos balivernes médiatiques ?
Que d'autres sont bravement essoufflés mais debouts, humbles devant l'horizon et simplement reconnaissants d'avoir survécu à la mer ? Ou d'avoir été portés par elle ?
Et que d'autres peut-être n'en ont plus rien à battre et ne sont plus ébranlés par ces calomnies qui se répètent en boucles depuis trois ou quatre générations déjà ? 
Ils sont occupés à vivre. À vivre leurs vies. Et les nôtres aussi. Trop occupés à transmettre le vivant et l'amour pour que la médiocrité et la mesquinerie n'arrivent ne serait-ce qu'à leurs chevilles. 
Oui, on est là. Là où tous les moments de cette vie qu'on partage nous ont voulus. Là, pas qu'au passé, pas que pour passer mais comme le présent... et l'avenir.
🔥

Méfiez-vous du typhon qui dort.
Car le silence ne dort pas quand il est d'or.

aucune nuit

« Lire…c’est oser le vertige. 
Que serait mon élan sans mon antan ? 

Memoria.
Le mat qui tient la voile a toujours besoin d’un socle solide.
On peut donc lire comme on se souvient. Car derrière chaque livre, on lit d’autres livres, parfois jamais écrits mais tapis au fond de nous.

Jour de lecture, jour de rencontres, jour de réveil ! Qu’on nous frotte les yeux !

Parfois, démiurge, un auteur lève un rideau et vous dévoile tout ce que vous ignoriez en croyant connaitre un être cher. 
C’est Hemingway qui m’a tout appris du courage, de la volonté, de l’abnégation, de la dignité, de la condition de mon grand-père, pêcheur Niodioroi…
Alors, quand on me parle de l’identité d’un écrivain, je réponds : foutaises ! 

Lire un auteur par et pour ses origines n’est que pure hérésie littéraire.
La fragilité de l’humain, les questions existentielles et la vision du monde que les bons auteurs savent nous transmettre rendent toutes les frontières poreuses. 
Tentaculaire, la généalogie littéraire surplombe toutes les barrières. Nous sommes dispersés sur le globe mais la littérature nous tisse des liens. » 

Fatou Diome  (Le vieil homme sur la barque)